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15 mars 2026 à 19h24Caillots sanguins dans l’espace : ce que la microgravité fait au sang des femmes astronautes
Le sang se comporte différemment en apesanteur — et ce n’est pas anodin
Envoyer des humains dans l’espace, c’est aussi leur imposer des conditions physiologiques radicalement inédites. La microgravité redistribue les fluides corporels, affaiblit les muscles, fragilise les os. Ces effets sont connus. Mais un angle est longtemps resté dans l’ombre : comment le corps des femmes réagit-il spécifiquement à l’apesanteur ?
Des chercheurs de la Simon Fraser University, en collaboration avec plusieurs institutions internationales et avec le soutien de l’Agence spatiale canadienne, ont voulu répondre à cette question précise. Leur terrain d’investigation : la coagulation sanguine. Leurs résultats, publiés dans la revue Acta Astronautica, indiquent que la microgravité simulée modifie l’équilibre de la coagulation chez les femmes d’une façon qui pourrait favoriser la formation de caillots.
Des décennies de recherche bâties sur un seul profil : l’homme
Le 16 juin 1963, Valentina Terechkova devient la première femme à voyager dans l’espace. Pourtant, pendant des décennies, les données médicales récoltées en orbite reflètent presque exclusivement la physiologie masculine. Les premières missions habitées comptaient très peu de femmes, et la recherche spatiale s’est construite en conséquence.
Aujourd’hui, les agences spatiales recrutent davantage d’astronautes féminines. Cette évolution impose de combler un retard scientifique considérable. Le système cardiovasculaire et la coagulation sanguine ne fonctionnent pas de manière identique selon les organismes, et l’espace n’atténue pas ces différences biologiques.
Un événement survenu en 2020 à bord de la Station spatiale internationale a brutalement mis ce manque en lumière : une astronaute y a développé un caillot sanguin dans la veine jugulaire. Un phénomène que les médecins de la NASA n’avaient pas anticipé. Cet épisode a servi de point de départ à l’étude de la Simon Fraser University.
Cinq jours immergées pour simuler l’apesanteur
Reproduire la microgravité sans quitter la Terre est un défi technique. La méthode dite de « dry immersion » y répond efficacement. Le principe : immerger les participants dans un bain d’eau en les isolant du liquide par une membrane imperméable. Le corps flotte librement, les muscles se relâchent, et le système cardiovasculaire adopte un comportement proche de celui observé en orbite.
Dix-huit femmes adultes en bonne santé ont participé à l’expérience. Elles ont passé cinq jours en quasi-immersion continue, avec des interruptions brèves pour l’hygiène et les examens médicaux. Des prélèvements sanguins ont été effectués avant, pendant et après cette période de simulation.
Pour analyser la coagulation, les chercheurs ont eu recours à la thromboélastométrie rotationnelle, une technique permettant de suivre la formation d’un caillot en temps réel et d’évaluer sa solidité. Trois tendances se dégagent des résultats : le déclenchement de la coagulation prend plus de temps, mais une fois amorcée, la formation du caillot s’accélère, et le caillot final est plus solide.
Tiffany Stead, auteure principale de l’étude, précise que ces variations restent modestes. Les participantes ne présentaient aucun symptôme clinique. Les scientifiques qualifient cet état de « subclinique » : rien de visible à l’œil nu, mais des paramètres biologiques qui basculent silencieusement. L’influence du cycle menstruel a également été examinée — et écartée. Les modifications observées semblent directement imputables aux effets de la microgravité simulée.
La veine jugulaire : un emplacement particulièrement préoccupant
Sur Terre, la gravité oriente naturellement les fluides corporels vers le bas. Le cœur compense en propulsant le sang vers le haut. Dans l’espace, ce rapport de force disparaît. Les fluides remontent vers la tête. Les astronautes décrivent fréquemment un visage gonflé, des jambes qui s’allègent. Les médecins appellent ce phénomène le « fluid shift ».
Ce déplacement met les veines du cou et de la tête sous une pression inhabituelle. Des études menées à bord de la Station spatiale internationale ont montré que la circulation dans la veine jugulaire peut ralentir, voire s’inverser. C’est précisément dans cette veine qu’un caillot s’est formé chez l’astronaute en 2020.
Sur Terre, les thromboses apparaissent le plus souvent dans les jambes, laissant aux médecins un certain délai pour intervenir. La veine jugulaire, elle, se trouve à proximité immédiate du cœur et des poumons. Un caillot qui se détache à cet endroit peut déclencher une embolie pulmonaire, un accident vasculaire cérébral ou un infarctus. Dans l’isolement d’une mission spatiale, ces urgences médicales deviennent des scénarios critiques.
Andrew Blaber, directeur de l’Aerospace Physiology Laboratory à la Simon Fraser University, résume l’enjeu en ces termes : « Nous devons comprendre comment la physiologie féminine réagit à la microgravité afin d’assurer la sécurité des astronautes lors des missions futures. »
Vers une médecine spatiale plus autonome et mieux préparée
Ces résultats ne signifient pas qu’un caillot se formera inévitablement. Ils identifient des conditions physiologiques qui augmentent la probabilité. Pour les équipes médicales, c’est suffisant pour justifier une vigilance accrue.
Les missions habitées intègrent déjà des protocoles de surveillance cardiovasculaire. Les astronautes utilisent des échographes portables pour observer leur circulation sanguine, notamment dans la veine jugulaire. Les images sont transmises à des médecins au sol qui guident les examens à distance.
L’expérience EchoFinder, développée par le Centre National d’Études Spatiales et l’Institut de médecine et de physiologie spatiales, cherche à aller plus loin. Ce dispositif combine réalité virtuelle et algorithmes capables de guider le positionnement de la sonde d’échographie et de déclencher automatiquement l’image au bon moment. L’objectif : rendre les équipages autonomes dans la réalisation de leurs propres examens, sans dépendre d’experts au sol. L’astronaute française Sophie Adenot participera à ce type de protocoles.
De son côté, la NASA développe le projet « Venous Flow », qui étudie la circulation sanguine des astronautes avant, pendant et après les missions. L’idée est d’identifier les individus présentant un risque plus élevé de thrombose, afin d’adapter les stratégies de prévention : exercices spécifiques, surveillance renforcée, ou recours à des anticoagulants.
Dans la perspective des missions vers la Lune et Mars — des séjours qui se compteront en mois, voire en années — ces recherches ne sont plus simplement académiques. Elles conditionnent directement la capacité à envoyer des femmes dans l’espace en toute sécurité.
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