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13 mars 2026 à 13h54Comment les reines bourdons survivent aux inondations hivernales : une biologie surprenante
Chaque hiver, des millions de reines bourdons s’enfouissent dans le sol et s’immobilisent pendant des mois. Ce que personne ne savait encore, c’est qu’elles peuvent traverser des inondations souterraines et en ressortir vivantes. Une étude publiée en 2026 dans Proceedings of the Royal Society B lève le voile sur cette capacité biologique inattendue.
Tout a commencé par un réfrigérateur en panne
En 2020, la chercheuse Sabrina Rondeau, de l’université de Guelph, découvre un matin que ses échantillons de reines hibernantes ont baigné dans l’eau toute la nuit à cause d’un frigo défectueux. Quatre reines flottaient depuis plus de douze heures. Contre toute attente, elles étaient toutes vivantes.
Cet accident de laboratoire a déclenché une expérience rigoureuse. L’équipe a immergé 143 reines dans de l’eau froide pour mesurer leur résistance réelle. Les résultats ont surpris : après sept jours d’immersion continue, 81 % des individus survivaient. Certaines ont même tenu huit jours complets sous l’eau.
Détail frappant : ce taux de survie dépassait celui des reines témoins maintenues à l’air libre sur la même durée. L’immersion ne semblait pas constituer un désavantage supplémentaire, du moins à court terme.
Une respiration aquatique en trois volets
Les bourdons ne possèdent ni branchies ni système respiratoire aquatique apparent. Pourtant, les mesures de consommation d’oxygène et de production de CO₂ réalisées par l’équipe montrent qu’ils respirent bel et bien sous l’eau, sans retenir leur souffle ni puiser dans des réserves d’air internes.
Premier mécanisme : la respiration cuticulaire passive. La cuticule, enveloppe externe de l’insecte, laisse diffuser l’oxygène dissous dans l’eau directement vers les tissus. Deuxième mécanisme : une sorte de branchie physique. Les poils fins du corps retiennent une pellicule d’air contre la peau, dans laquelle l’oxygène de l’eau se diffuse avant d’atteindre les spiracles respiratoires.
Le troisième mécanisme est le plus déterminant. En hibernation à 3 °C, le métabolisme des reines s’effondre à des niveaux extrêmes. Une reine au repos produit en moyenne 14,4 microlitres de CO₂ par heure et par gramme de poids corporel. Une fois immergée, ce chiffre tombe à 2,35 microlitres, soit environ un sixième de la valeur initiale. Cette dépression métabolique réduit les besoins en oxygène au point que les échanges passifs suffisent à maintenir l’insecte en vie.
Un atout face aux hivers de plus en plus humides
Les reines bourdons hibernent entre novembre et mars, enfouies dans des chambres souterraines. Les pluies hivernales intenses, de plus en plus fréquentes en Europe et en Amérique du Nord sous l’effet du changement climatique, peuvent saturer ces cavités d’eau pendant plusieurs semaines. Cette capacité de survie aquatique représente donc un avantage évolutif concret face à des conditions hivernales changeantes.
Plusieurs questions restent cependant ouvertes. Les huit jours observés en laboratoire constituent-ils une limite absolue ou un simple seuil non encore dépassé ? Les reines peuvent-elles supporter des cycles répétés d’immersion et d’émersion, comme le provoqueraient des crues successives ? Ces points restent à préciser.
Une autre inconnue concerne le coût énergétique de cette adaptation. Les reines puisent dans leurs réserves de graisse tout au long de l’hiver. Une immersion prolongée pourrait accélérer cette dépense et fragiliser leur capacité à fonder une colonie au printemps. L’équipe de Rondeau prévoit de mesurer les réserves lipidiques avant et après immersion pour quantifier cet impact.
Et si d’autres insectes partageaient ce secret ?
Ces travaux ouvrent une piste plus large. De nombreux autres pollinisateurs hibernent dans le sol dans des conditions similaires. Certains pourraient eux aussi posséder cette aptitude à survivre sous l’eau, sans que personne ne l’ait encore documenté. La découverte invite à reconsidérer la résilience cachée de ces insectes face aux bouleversements climatiques.
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