Aménager une mare naturelle dans son jardin est l’une des meilleures façons de favoriser la biodiversité locale. En quelques semaines, les premiers insectes arrivent, puis les amphibiens et les oiseaux s’y invitent à leur tour. C’est aussi un élément décoratif vivant qui apporte calme et beauté à votre extérieur.
Pourquoi créer une mare naturelle dans son jardin ?
La mare naturelle répond à un besoin écologique réel : offrir des points d’eau et des lieux de reproduction aux animaux sauvages, alors que les mares disparaissent et que les environnements s’urbanisent. Elle apporte aussi un peu de fraîcheur au jardin et constitue un formidable outil pédagogique pour les enfants curieux de découvrir la nature.
Contrairement aux bassins ornementaux équipés de pompes et de filtres, la mare naturelle fonctionne sans intervention mécanique. Elle s’autorégule grâce à l’équilibre entre les plantes, les animaux et les micro-organismes qu’elle abrite. Ce modèle sobre est idéal pour les jardiniers soucieux de l’environnement.
Comment choisir l’emplacement idéal ?
L’emplacement est crucial pour la réussite de votre mare. Privilégiez une zone qui reçoit plusieurs heures de soleil par jour, avec idéalement un peu d’ombre aux heures les plus chaudes. Un endroit trop ombragé freinera le développement des plantes aquatiques, tandis qu’une exposition excessive au soleil favorisera les algues.
Évitez de placer votre mare directement sous un arbre à feuilles caduques. Les feuilles mortes qui tombent en automne s’accumulent au fond et, en se décomposant, enrichissent l’eau en nutriments et consomment son oxygène, ce qui nuit à la faune aquatique. Pensez aussi à l’accessibilité : vous devrez pouvoir intervenir facilement pour l’entretien.
Enfin, si des enfants fréquentent le jardin, prévoyez des berges en pente douce et une surveillance : une mare, même peu profonde, reste un point d’eau à risque pour les tout-petits.
Les étapes de construction d’une mare naturelle
Creuser et préparer le fond
Commencez par délimiter la forme de votre mare avec un tuyau d’arrosage ou de la corde. Creusez en créant plusieurs paliers de profondeur : une zone de 20 à 30 cm sur les bords, une zone intermédiaire d’environ 50 cm, et, si la surface le permet, une zone centrale de 80 cm à 1 mètre. Ces différents niveaux accueilleront des plantes et des animaux aux besoins variés.
Retirez toutes les pierres et racines pointues du fond pour ne pas abîmer l’étanchéité future. Tassez légèrement la terre et étalez une couche de sable fin d’environ 5 cm, que vous pouvez recouvrir d’un géotextile pour protéger la bâche. Cette protection évite les perforations par les cailloux ou les racines.
Poser une bâche étanche ou utiliser l’argile
La bâche en EPDM (éthylène propylène diène monomère) est la solution la plus courante et la plus durable. Elle est souple, résistante aux UV et ne pose pas de problème pour les animaux. Pour calculer sa taille, ajoutez à la longueur et à la largeur de la mare deux fois sa profondeur maximale, puis une marge d’environ 50 cm de chaque côté pour fixer les bords.
Si vous avez un sol naturellement argileux, vous pouvez opter pour une étanchéification à l’argile. Cette méthode, plus naturelle, nécessite toutefois plusieurs couches et un tassage soigneux. Elle convient aux grandes mares, mais demande plus de travail pour de petits espaces.
Remplir et laisser décanter
Une fois la bâche posée et les bords fixés avec des pierres ou de la terre, remplissez progressivement la mare, de préférence avec de l’eau de pluie. L’eau du robinet contient du chlore et souvent des nitrates ou du calcaire, qui favorisent les algues ; si vous n’avez pas d’autre choix, laissez-la reposer quelques jours avant d’introduire des plantes.
Évitez le terreau et la terre de jardin riche : un substrat pauvre (sable, gravier, un peu de terre argileuse) limite le développement des algues. L’eau peut se troubler ou verdir dans les premières semaines : c’est fréquent, et elle s’éclaircit en général à mesure que les plantes s’installent.
Quelles plantes choisir pour une mare naturelle équilibrée ?
Les plantes jouent un rôle fondamental dans l’équilibre de la mare. Elles oxygènent l’eau, absorbent les nutriments en excès et fournissent abri et nourriture à la faune. On distingue plusieurs catégories à combiner intelligemment.
Les plantes oxygénantes, comme le cératophylle ou les myriophylles indigènes, se développent sous l’eau et contribuent à sa clarté. Les plantes émergentes, telles que l’iris des marais, le jonc ou la massette, poussent les pieds dans l’eau avec le feuillage à l’air libre ; dans une petite mare, surveillez la massette, qui peut devenir envahissante. Les plantes à feuilles flottantes, comme les nénuphars, couvrent une partie de la surface et limitent les algues en réduisant l’ensoleillement.
Installez les plantes en paliers selon leur tolérance à la profondeur. Les plantes de berge supportent une légère humidité et stabilisent les bords. Évitez absolument les espèces exotiques envahissantes comme la jussie ou le myriophylle du Brésil, interdites à la vente et à l’introduction en France. Privilégiez des plantes d’origine locale.
Quels animaux va attirer votre mare naturelle ?
Les amphibiens, premiers colons de la mare
Les grenouilles vertes et rousses sont souvent les premières à découvrir une nouvelle mare. Elles viennent s’y reproduire au printemps, déposant leurs œufs en masses gélatineuses caractéristiques. Les têtards qui en naissent se nourrissent d’algues et de micro-organismes, tandis que les adultes se tournent vers les proies qu’ils trouvent aux abords : vous trouverez le détail dans notre article sur le régime alimentaire des grenouilles.
Les crapauds communs et les tritons sont également des visiteurs fréquents ; la salamandre tachetée, elle, est plus rare et dépend surtout de la proximité d’un milieu forestier. Ces amphibiens sont de précieux alliés du jardinier car ils consomment des insectes, limaces et autres petits invertébrés. Leur présence est bon signe pour la qualité de l’eau et du milieu. N’allez pas pour autant en prélever ailleurs : de nombreuses espèces sont protégées et elles viendront d’elles-mêmes.
Les insectes aquatiques et leurs larves
Une mare naturelle devient rapidement le théâtre d’une vie insectile foisonnante. Les libellules et demoiselles pondent leurs œufs dans l’eau ou dans les tiges des plantes aquatiques ; leurs larves y vivent de plusieurs mois à plusieurs années, selon les espèces, avant de se métamorphoser. Voir une libellule émerger et sécher ses ailes au soleil est un spectacle fascinant.
Les dytiques, les notonectes et les gerris (ou hydromètres) colonisent très vite les nouvelles étendues d’eau. Les larves de moustiques sont également présentes, mais elles sont rapidement régulées par les prédateurs naturels que la mare attire. Les éphémères, dont les larves vivent dans l’eau parfois plusieurs années, apportent elles aussi une richesse entomologique remarquable.
Les oiseaux, visiteurs réguliers
Votre mare deviendra rapidement un point de rendez-vous pour les oiseaux du quartier. Merles, mésanges, rouges-gorges et moineaux viennent s’y abreuver et s’y baigner. La bergeronnette grise affectionne particulièrement les bords de mare où elle chasse les insectes.
Si votre mare est suffisamment grande et bien intégrée dans un environnement végétalisé, vous pourriez avoir la chance de voir passer un héron cendré ou un martin-pêcheur. Ces espèces ne s’installent pas : elles viennent en quête de nourriture, ce qui témoigne d’une faune aquatique riche.
Ne tuez plus jamais
vos plantes.
Photographiez-la : l'app identifie l'espèce, repère le problème et vous dit exactement quoi faire.
Les hérissons, renards et autres mammifères
La nuit, de nombreux mammifères viennent discrètement se désaltérer à votre mare. Le hérisson, ami du jardinier, en est un visiteur régulier ; pensez à lui ménager un accès en berge à pente douce pour qu’il puisse sortir s’il tombe à l’eau. Le renard, la fouine ou encore le chevreuil à la campagne peuvent également faire une apparition.
Aménagez au moins un côté de la mare avec une pente très douce ou des pierres en escalier. Cette précaution facilite l’accès de tous les animaux et protège ceux qui pourraient se retrouver piégés par des berges verticales.
Les reptiles, discrets mais présents
La couleuvre à collier (ou couleuvre helvétique selon les régions) est une excellente nageuse qui fréquente volontiers les mares à la recherche de grenouilles et de tritons. Elle est inoffensive pour l’homme et protégée par la loi. Sa présence témoigne d’un milieu vivant et diversifié.
Les lézards des murailles et les orvets peuvent aussi être aperçus aux abords de la mare, à la recherche de proies et de chaleur. Disposez quelques pierres plates exposées au soleil à proximité pour leur offrir des zones où se réchauffer.
Comment entretenir une mare naturelle au fil des saisons ?
Au printemps : la saison de l’éveil
Le printemps est la période la plus active pour votre mare. C’est le moment de vérifier le développement des plantes, mais mieux vaut éviter les gros travaux : le curage, s’il est nécessaire, se fait plutôt en fin d’été ou au début de l’automne.
C’est aussi la saison des amours pour les amphibiens : évitez toute intervention dans l’eau entre mars et mai pour ne pas déranger la reproduction. Observez plutôt depuis les berges et profitez du spectacle des pontes et des premiers têtards.
En été : surveiller la qualité de l’eau
La chaleur estivale peut provoquer une prolifération d’algues filamenteuses ou une eau verte due aux algues microscopiques. Si cela arrive, retirez manuellement les algues filamenteuses en les enroulant autour d’un bâton, et laissez-les égoutter sur la berge quelques heures pour que les petits animaux puissent regagner l’eau. Les plantes à feuilles flottantes aident à réduire ce phénomène.
En période de canicule, le niveau de l’eau peut baisser par évaporation. Vous pouvez compléter avec de l’eau de pluie récupérée dans un tonneau. Évitez d’ajouter trop souvent de l’eau du robinet, qui perturberait l’équilibre de la mare.
En automne : préparer l’hiver
Avant la chute des feuilles, il est conseillé de tendre un filet au-dessus de la mare pour limiter l’accumulation de matières organiques. Les feuilles en décomposition consomment l’oxygène de l’eau et peuvent asphyxier la faune hivernante. Retirez le filet une fois les arbres défeuillés, en vérifiant qu’aucun animal n’y est pris.
Appuyez pour scanner votre plante
Cette fonctionnalité nécessite l'app Plantalya. Scannez n'importe quelle plante instantanément avec votre caméra !
Scanner Votre Plante — App GratuiteNe coupez pas tout : les tiges creuses des plantes émergentes servent d’abri à des insectes et de perchoir aux oiseaux en hiver. Si vous devez les tailler, laissez-les dépasser d’environ 20 cm au-dessus de la surface, et gardez le gros du travail pour la fin de l’hiver. Cette logique vaut pour tout le jardin, comme l’explique notre article sur les coins du jardin à ne pas nettoyer avant l’hiver.
En hiver : laisser la nature faire
En hiver, votre mare entre en dormance et demande très peu d’attention. La plupart des animaux hibernent dans la vase, sous les pierres ou dans la végétation en berge. Si la surface gèle, ne cassez jamais la glace brutalement : les ondes de choc peuvent être fatales aux animaux qui dorment au fond.
Pour maintenir un échange gazeux sous la glace, posez une balle en caoutchouc ou un morceau de polystyrène à la surface avant le gel. En cas de gel prolongé, vous pouvez le retirer pour ménager un petit trou en y posant une casserole d’eau chaude, sans créer de choc. Une zone profonde, d’environ 80 cm ou plus, permet à la faune de se réfugier sous la glace.
Les erreurs à éviter avec une mare naturelle
Introduire des poissons rouges dans une mare naturelle est l’une des erreurs les plus fréquentes. Ces poissons, gourmands et prolifiques, dévorent les œufs d’amphibiens, les larves d’insectes et troublent l’eau en fouillant les sédiments. Ils compromettent rapidement l’équilibre que vous cherchez à créer.
N’utilisez jamais de produits chimiques, d’engrais ou de pesticides à proximité de la mare. Ces substances peuvent s’infiltrer dans l’eau et décimer la faune aquatique. Maintenez toujours une bande enherbée non traitée entre la zone de jardinage et la mare.
Évitez également de surcharger la mare en plantes ou en roches. Un espace d’eau libre est nécessaire à la faune aquatique et aux oiseaux qui viennent s’y baigner. Un bon équilibre consiste à couvrir environ la moitié de la surface avec des plantes et à laisser l’autre moitié libre.
Conseils pour accélérer la colonisation naturelle
Pour donner un coup de pouce à votre nouvelle mare, vous pouvez demander à un ami jardinier un seau d’eau d’une mare existante en bonne santé. Cette eau contient des micro-organismes, des larves et des œufs invisibles à l’œil nu. Vérifiez au préalable qu’elle ne contient aucune plante invasive ni fragment de jussie, et ne transférez pas d’eau d’une mare où l’on a constaté des mortalités d’amphibiens.
Aménagez les abords de la mare avec une végétation diversifiée : herbes hautes, pierres, bois mort et plantes locales. Une prairie fleurie permanente en bordure fait par exemple une excellente zone de transition entre le milieu aquatique et le jardin. Plus l’environnement autour de la mare est riche, plus la faune sera diversifiée.
Conclusion : une mare, un investissement pour la biodiversité
Créer une mare naturelle dans son jardin est un geste simple mais d’une portée écologique considérable. En quelques mois, vous verrez un véritable écosystème s’installer et évoluer au fil des saisons. Chaque grenouille coassant le soir, chaque libellule virevoltant au soleil sera la récompense de votre engagement.
Ne tuez plus jamais
vos plantes.
Photographiez-la : l'app identifie l'espèce, repère le problème et vous dit exactement quoi faire.
La mare naturelle ne demande pas un grand jardin ni un budget exorbitant. Même une petite surface peut accueillir une faune étonnamment riche : si la place manque, essayez une mini-mare aménagée dans une bassine enterrée. Lancez-vous, observez, et laissez la nature s’installer dans votre jardin.




